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Biographie

Henry Grouès, dit l'Abbé Pierre, est né le 5 août 1912 à Lyon.

1924 Enfant d une riche famille aisée et pieuse de soyeux lyonnais, son père, homme de bonté, visait les plus démunis, emmenant parfois ses enfants au nombre de 7 , dont il est le troisième. A 12 ans il accompagne son père à la confrérie séculaire des Hospitaliers Veilleurs où les bourgeois se font Coiffeurs, barbiers pour les pauvres.

1928 A 16 ans il veut se faire franciscain, cependant, il devra attendre 17 et demi. A ce sujet, il déclara : "on me disait beau gosse, peut-être même un peu mondain. Le lendemain, je serai moine"

1931
Renonce par acte notarié à sa part du patrimoine familial et distribue ce qu'il possède à diverses œuvres de charité. Entre chez les Capucins sous le nom de Frère Philippe.

1932 Il rentre au cloître du couvent de Crest.

1938
Ordination sacerdotale le 14 août.

1939 En avril, il devient vicaire à Grenoble. Vient la seconde guerre mondiale où il est mobilisé comme sous-officier dans le train des équipages.

1941
Dès le lendemain de la rafle du Vel' d'Hiv à Paris, l'Abbé Pierre accueille des Juifs rescapés d'une première rafle en zone libre.

1942
Il est appelé par l'Evêque comme vicaire de la cathédrale de Grenoble. Dès le lendemain de la rafle du Vel' d'Hiv à Paris (rafle de Juifs par la Gestapo), l'abbé Pierre accueille des Juifs, organise un laboratoire de faux papiers et le passage de la frontière vers la Suisse. Lucie Coutaz, est présentée comme une personne de confiance ; elle sera considérée par la suite comme la co-fondatrice d'Emmaüs.L'abbé Pierre disait : " Sans elle, Emmaüs n'existerait pas. C'est ce qu'affirment tous les compagnons et amis des origines. Et ils disent vrai."Clandestinité :
participe à la résistance, crée des maquis qui deviendront une partie de "l'Armée du Vercors". En juillet, deux juifs pourchassés lui demandent de l'aide. il découvre alors les persécutions et s'engage immédiatement à faire de faux-papiers et commence à faire passer des juifs en Suisse. Il participe à la création du maquis.

1943
Mai : Arrestation par l'armée allemande à Cambo-les-Bains (Pyrénées).
Evasion, par la traversée de l'Espagne et départ de Gilbratar vers Alger.

1944 17 juin : première rencontre avec le Général de Gaulle, à Alger. Il aide les réfractaires au Service de Travail Obligatoire (STO), il prend le nom d'Abbé Pierre dans la clandestinité, il passe en Espagne.

1945 Création de l'auberge de Jeunesse internationale Emmaüs à Neuilly-Plaisance (Région parisienne) pour la réconciliation de la jeunesse des pays d'Europe. Après la guerre, il est député de Meurthe-et-Moselle aux deux Assemblées nationales constituantes comme indépendant apparenté au Mouvement républicain populaire (MRP)

1946
Président du Comité Exécutif du Mouvement Universel pour une Confédération Mondiale. Il siège à l'assemblée NAtionale pour le groupe MRP.

1948 Il rencontre Albert Einstein avec qui il a une fameuse conversation sur les "trois explosions".

1949
Avec André Philippe, Député, il dépose un projet de loi tendant à reconnaître l'objection de conscience. Il entreprend la construction (souvent illégale) de logements pour familles sans-abri et accueille chez lui un homme désespéré, Georges : cet événement marque la fondation de la première communauté Emmaüs (Neuilly-Plaisance).Il est appelé auprès d'un homme désespéré, Georges, qui a tenté de se suicider. L'abbé Pierre lui propose de venir l'aider... à aider les autres : "Je n'ai rien à te donner, mais toi qui n'as rien, au lieu de mourir, viens m'aider à aider les autres". S'ensuit l'accueil des premiers compagnons d'Emmaüs et la construction de logements pour familles sans abri.

1951 L'abbé Pierre démissionne de son mandat de député et manque d'argent. C'est le début du métier de chiffonnier : récupération et vente de matières premières et d'objets d'occasion. " Jamais nous n'accepterons que notre subsistance dépende d'autre chose que de notre travail" affirme-t-il. La communauté Emmaüs de Neuilly sur-Marne voit alors le jour et de nombreuses actions sont faites en faveur des familles sans logis.

1952 Il participe au jeu quitte ou double pour alimenter le financement de son combat où il gagnera 254 000 Francs.

1954
Une femme puis un bébé meurent de froid en janvier et en février. L'Abbé lance un appel sur les ondes de RTL : c'est "l'insurrection de la bonté" à Paris et en province : "Mes amis au secours". Lors de cet hiver de froid terrible, l'Abbé Pierre demande au Parlement un milliard de francs, qui lui est d'abord refusé. Trois semaines plus tard, le Parlement adopte à l'unanimité non pas un, mais dix milliards de crédits pour réaliser immédiatement 12 000 logements d'urgence à travers toute la France, pour les plus défavorisés.
Fondation de la revue "Faims et Soifs", de la S.A. HLM Emmaüs (habitations à loyers modérés), de l'Union nationale d'aide aux sans-logis qui deviendra la Confédération Générale du Logement (association de locataires), ainsi que de l'Association Emmaüs de Paris.

1955 Voyage aux Etats-unis et au Canada. Rencontre avec le Président Eisenhower. L'abbé Pierre remet l'édition anglaise du livre de Boris Simon " Les Chiffonniers d'Emmaüs ", avec cette dédicace : " Si nous ne sommes pas capables de demander à la jeunesse, pour la guerre contre la misère, autant de sacrifices et d'héroïsme - s'il le faut - que nous ne lui en avons demandé pour la guerre contre la tyrannie, alors ce n'était pas la peine de demander tant de sacrifices, car la victoire pour la justice ne serait bientôt plus que moribonde. Rencontre avec le Roi du Maroc, Mohammed V, qui s'intéresse au travail d'Emmaüs en France et qui demande à l'abbé Pierre de créer une action pour la disparition des bidonvilles marocaines. L'IRAMM (Institut de Recherche et d'Action contre la Misère dans le Monde), créée peu avant par l'abbé Pierre, envoie deux volontaires au Maroc.

1957 En réponse à des appels de plus en plus nombreux, voyages et travaux aux Pays-Bas, Portugal, Autriche, Inde.L'abbé Pierre rencontre Nehru au congrès du parti du Congrès, à Nagpur. Il accompagne, pendant trois jours et trois nuits, Vinoba Bave (sage hindou, jeune disciple de Gandhi), dans sa marche pour la réforme agraire non violente, à travers l'Etat du Nagpur.

1958 Conférences et aide à des communautés Emmaüs naissantes dans les pays scandinaves et en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Colombie, Equateur, Pérou). Son premier voyage en Argentine a lieu en cette fin d'année. Pendant ce séjour, le Ministre de l'Education nationale du Pérou, M. Paco Miro Quesada, envoie un télégramme et la page d'un quotidien de Lima titrant : "Abbé Pierre, nous avons besoin de vous".

1959 Première venue au Liban. L'Oasis de l'Espérance (commumauté Emmaüs de Beyrouth) est fondée par un musulman sunnite, un archevêque chrétien melkite et un écrivain maronite.

1960 Animation et multiplication des communautés Emmaüs. Conférences en France et voyages au Gabon (rencontre avec Albert Schweitzer), Sénégal, Allemagne, Italie, Canada, Japon, Corée, Rwanda, Indonésie...

1963 Naufrage du "Ciudad de Asuncion" dans le Rio de la Plata (Argentine). L'abbé Pierre, d'abord annoncé comme mort, survit à ce naufrage. Il réalise qu'il est le seul à connaître tous les groupes Emmaüs à travers le monde. Il entreprend un tour du monde des communautés et groupes Emmaüs, pour les convaincre de créer l'association débats International et définir le contenu de ce qui deviendra le Manifeste universel du Mouvement Emmaüs. Création avec Dom Helder Camera, alors évêque auxiliaire de Rio de Janeiro, de la Banque de la Providence, une banque où l'on n'apporte pas d'argent mais des compétences et du temps de travail bénévole. Cette banque donnera naissance à la première communauté Emmaüs du Brésil.

1969
Première assemblée générale d'Emmaüs International à Berne (Suisse), qui adopte le Manifeste Universel du Mouvement Emmaüs.

1971 2ème Assemblée générale d'Emmaüs International à Montréal (Canada). Adoption des statuts par 95 associations Emmaüs de 20 pays. Dix millions de réfugiés bengalis affluent en Inde. L'abbé Pierre se rend sur place et représente la France avec Daniel Mayer, Président de la Ligue des Droits de l'Homme. Il rencontre Mme Gandhi, Premier Ministre de l'Inde, et appelle 38 ooo maires de France à des jumelages de coopération avec les camps de réfugiés bengalis en Inde. Naissance ainsi de I'UCOJUCO (Union des Comités de Jumelage de Coopération), devenu UCODEP (Union des Comités pour le Développement), avant de fusionner en Peuples Solidaires. Cet engagement pour le Bangladesh suscitera quelques années plus tard la création de la première boutique d'Artisans du Monde à Paris, à laquelle l'abbé Pierre apportera une importante contribution.

1972 En septembre, l'abbé Pierre reçoit le Dr Zafnzllah Chowdhury, médecin du Bangladesh naissant, et s'implique fortement dans la fondation du Centre de Santé Populaire de Savar (en bengali :" Gonoshastaya Kendra").

1973 Dans les jours qui suivent le coup d'état du Général Pinochet au Chili, deux responsables de Las Urracas Emmaüs à Temuco sont arrêtés. Emmaüs International mobilise ses membres dans divers pays pour sauver ces compagnons chiliens. L'abbé Pierre se rend au Chili pour rencontrer

1981
l'abbé Pierre est fait Officier de la Légion d'Honneur, au titre des droits de l'Homme.

1983 Voyage au Pérou pour le 1er conseil d'administration d'Emmaüs International en Amérique du Sud.

1984
Lancement de la Banque Alimentaire en France, par Emmaüs, le Secours Catholique et l'Armée du Salut. Plusieurs communauté d'Emmaüs de la région parisienne sont à l'initiative des "Soupes de nuit", une grande campagne nationale contre la pauvreté et lancé cet hiver là "Le Noël de l'Abbé Pierre"

1985
Constitution d'Emmaüs France qui rassemble toutes les composantes d'Emmaüs en France.

1986 L'abbé Pierre soutient l'humoriste Coluche et ses "Restaurants de Coeur"

1987
Décembre : Commandeur de la Légion d'Honneur, pour son action dans le domaine du logement. Voyage aux Etats Unis pour le conseil d'administration d'Emmaüs internationale.

1988
L'abbé Pierre et les 254 délégués présents à la 6ème Assemblée générale d'Emmaüs International (Vérone, Italie) adressent une lettre au Fonds Monétaire International, sur la question de la dette extérieure des pays du Tiers-Monde. Création de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des Défavorisés, reconnue d'utilité publique en 1992.

1990 L'Abbé Pierre participe à l'élaboration de la < Loi Besson > en France, pour le logement des plus défavorisés. Une Campagne d'Emmaüs International pour le renouveau démocratique au Bénin est lancée et donne lieu, notamment, à une rencontre avec le Président français, François Mitterrand, pour appuyer ce processus. Voyages aux Etats-unis et au Brésil pour le film " Hiver 54'' (de Denis Amar, avec Lambert Wilson), sorti l'année précédente en France.

Encore dans les dernières années de sa vie, malgré la maladie et l'âge, il est descendu dans la rue pour soutenir la cause des pauvres. Il a donné sa crédibilité et soutenu l'association Droit au Logement (DAL). qui dans les années 1990 ne csse de bousculer les autorités en plan, quelle que soit leur couleur politique en réquisitionnant des logements laissés vides par leur propriétaire.

1991
Pentecôte : jeûne à l'église Saint Joseph de Paris, avec les "déboutés du droit d'asile" qui font une grève de la faim dans l'indifférence générale des autorités comme de l'opinion publique. Ils soudent ensuite 102 familles squatters du quai de la Gare à Paris, avec l'appui de plusieurs personnalités. Rencontre avec le Dalaï-lmma lors journées interreligieuses pour la paix (France).. Voyages au Burkina-Faso, Liban, Argentine, Chili, Uruguay, Canada. A deux reprises, l'abbé Pierre lance un appel pour la paix et contre la guerre dans des lettres adressées aux Présidents Georges Bush et Saddam Hussein lors de la Guerre du Golf.

1993 Voyage au Japon puis en Corée du Sud pour le 1er conseil d'administration d'Emmaüs International en Asie.

1994 Voyage au Bénin pour le conseil d'administration d'Emmaüs International.

1995 En compagnie de Bernard Kouchmer, il visite le mémorial Yad Vashem à Jérusalem. Puis il se rend à Sarajevo (Bosnie Herzégovine), sous les bombardements de la ville assiégée depuis 3 ans par les forces serbes, et exhorte les nations du monde à intervenir d'urgence pour faire cesser les massacres.

1997 L'abbé Pierre s'investit dans plusieurs actions de soutien aux mal logés et aux sans-papiers.

1999 Emmaüs a 50 ans. 9ème Assemblée générale d'Emmaüs International à Orléans (France).

2001
Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d'Honneur par le Président de la République.

2002 L'abbé Pierre fête ses 90 ans à Neuilly-Plaisance. Participation au colloque de l'Afrique qui dédide, à Châtenay Malabry.

2003 Voyage au Burkina Faso pour la 10ème assemblée générale d'Emmaüs International à Ouagadougou. La première organisée en Afrique.

2004
50ème anniversaire de l'Appel du 1er février 1954. Nouvel appel lancé au Trocadéro (Paris). Elevé à la dignité de Grand' Croix de la Légion d'Honneur par le Président de la République.Il se rend en Algérie pour l'inauguration de maisons reconstruites par la Fondation Abbé Pierre, après le tremblement de terre ayant frappé le pays l'année précédente.

2005 A propos de la crise des banlieues en France, l'abbé Pierre invoque l'honneur de notre pays et dénonce les communes qui refusent de bâtir des logements sociaux. Participation aux Journées européennes de Florence (Italie), pour la lutte contre l'esclavage contemporain. Il se prononce également pour l'ordination des femmes et ne s'oppose pas à l'homoparentalité, à condition que les enfants ne subissent aucun préjudice psychologique ou social et explique notamment son opinion sur le fait qu'un modèle parental classique n'est pas nécessairement gage de bonheur et d'équilibre pour l'enfant.

2006 Il interpelle de nouveau les élus sur la question du droit au logement. Dans une lettre adressée au Président français, Jacques Chirac, il fustige les expulsions du squat de Cachan (France). En octobre, lors d'une réunion d'Emmaüs International sur l'accès à l'eau potable, il conclut son intervention par : Continuons, continuez !

2007
L'abbé Pierre décède le 22 janvier à l'hôpital du Val de Grâce, à Paris (France). Emmaüs International compte 327 groupes dans 39 pays.

Henri Grouès, dit
Abbé Pierre

(1912-2007)

Biographie de l'abbé Pierre :

Henri Grouès, sous le nom de l'abbé Pierre, s'engage dans la résistance où il aide des juifs à se cacher. Recherché par la Gestapo, il rencontre le général De Gaulle en 1943 à Alger. Après la guerre, il est élu député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à 1951. En 1949, il fonde "Emmaüs" communauté de chiffonniers construisant des logements provisoires pour les "sans domicile".

Lors de l'hiver rigoureux de 1954, l'abbé Pierre lance à la radio un appel à "l'insurrection de la bonté" en faveur des sans-logis, déclenchant un vaste mouvement de solidarité. Il est également entendu par le Parlement qui, quelques semaines plus tard, décide de lancer un programme de 12000 logements d'urgence.

L'association d'Emmaüs s'internationalise et comprend de nombreuses communautés dans près de quarante pays. En 1988, il crée la "Fondation de l'abbé Pierre" pour le logement des défavorisés. Le Président de la République le fait Grand Officier de la Légion d'Honneur en 2001.

Le 1er février 2004, cinquante ans après son appel pour "l'insurrection de la bonté", il réitère son appel, et s'engage avec Emmaüs pour un nouveau "Manifeste contre la pauvreté" dans un pays où il y a cinq millions d'exclus, dont un million d'enfants.

Toute sa vie durant, avec son franc-parler qui tranche avec le langage policé des autorités catholiques, l'abbé Pierre mène une croisade pour défendre les plus pauvres. Aujourd'hui, il passe un mois sur deux dans la solitude austère et la prière dans un couvent de capucins en Normandie.

Dans son recueil de méditation, "Mon Dieu... pourquoi?" (Plon, 2005), l'abbé Pierre affiche des positions relatives au célibat des prêtres, à l'ordination des femmes et à l'homosexualité, à l'opposé de celles du pape Benoît XVI. Voir les articles de Libération (28/10/05), L'abbé Pierre lui aussi est monté au septième ciel et du Canard enchaîné (02/11/05), Copulons !... Pourquoi ?.

1996 - L'affaire Roger Garaudy

Le très éclectique intellectuel français Roger Garaudy publie "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" contenant des thèses négationnistes selon lesquelles la Shoah serait un mythe créé pour permettre le financement et la construction de l'Etat d'Israël.

Sans doute imprudemment, l'abbé Pierre qui ne connaît le livre que par ouï-dire, apporte son soutien à son ami Roger Garaudy. Dans Josué, un des livres de la Bible, il pense voir dans le massacre du peuple de Canaan par les Hébreux, le même geste génocide que celui de la fondation d'Israël envers les Palestiniens. Il pense que les Juifs ont rompu l'Alliance conclue avec Dieu et s'en prend à la politique d'Israël. "Je constate qu'après la constitution de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux." En outre, dans le Corriere della Serra, il dénonce la presse inspirée par le "lobby sioniste international".

L'abbé Pierre est alors victime d'un véritable lynchage médiatique. Il est exclu de la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA) dont il était membre du comité d'honneur. L'archevêque de Paris, le Cardinal Lustiger, lui demande de se retirer de la vie médiatique. Le fondateur d'Emmaüs apprend à ses dépens combien est floue la frontière entre antisémitisme, antijudaïsme et critique de la politique d'Israël.

Après quelques hésitations, L'abbé Pierre retire ses propos dans une courte déclaration au quotidien "La Croix", en laissant "Dieu seul juge des intentions de chacun".

Malgré cette affaire qui consterne l'opinion, l'abbé Pierre ne perd rien de sa popularité. On aurait pu croire au miracle. Cependant, l'abbé Pierre confie au journal Libération : "Il y a longtemps que je n'avais pas vu autant de personnes venir me dire : Merci, parce que vous avez eu le courage de mettre en cause un tabou" .

Abbé Pierre

Version profane

"Je ne crois pas à Dieu. Je ne crois pas en Dieu. Je crois en Dieu Amour en dépit de tout ce qui semble le nier. C'est son Etre même d'être Amour, c'est sa substance. C'est pourquoi, je suis convaincu que le partage fondamental de l'humanité ne passe pas entre ceux que l'on dit croyants et ceux que l'on nomme ou qui se nomment eux-mêmes non-croyants. Il passe entre les "idolâtres de soi" et les "communiants", entre ceux qui devant la souffrance des autres se détournent et ceux qui luttent pour les libérer. Il passe entre ceux qui aiment et ceux qui refusent d'aimer."
(Mémoires d'un croyant / 1997)

"Je ne crois pas à Dieu. Je ne crois pas en Dieu. Je pense que l'amour, la solidarité et le partage sont les choses les plus importantes. C'est pourquoi, je suis convaincu que le partage fondamental de l'humanité ne passe pas entre ceux que l'on dit croyants et ceux que l'on nomme ou qui se nomment eux-mêmes non-croyants. Il passe entre les "idolâtres de soi" et les "solidaires", entre ceux qui devant la souffrance des autres se détournent et ceux qui luttent pour les libérer. Il passe entre ceux qui partagent et ceux qui refusent de partager."

""L'enfer, c'est les autres", écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L'enfer, c'est soi-même coupé des autres. "Tu as vécu en te voulant suffisant. Suffis-toi !" A l'inverse le Paradis, c'est être en communion illimitée. C'est la joie du partage, de l'échange, baignés dans la lumière de Dieu."
(Mémoires d'un croyant / 1997)

""L'enfer, c'est les autres", écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. C'est une chose détestable que d'être soi-même coupé des autres. "Tu as vécu en te voulant suffisant. Suffis-toi !" A l'inverse, le plus important, c'est d'être solidaire. C'est la joie du partage, de l'échange."

"La vie éternelle ne commence pas après la mort." Elle commence maintenant, dans cette vie, dans le choix que nous faisons chaque jour de se suffire à soi-même ou de communier aux joies et aux peines des autres. Dieu n'aura pas à nous juger. Le jugement, ce sera cet instant de pleine lumière où chacun se verra tel qu'il s'est fait : suffisant ou communiant."
(Mémoires d'un croyant / 1997)

"La vraie vie ne commence pas après la mort." Elle commence maintenant dans le choix que nous faisons chaque jour d'être égoïste ou d'être solidaire et sensible aux joies et aux peines des autres. Le plaisir, ce sera cet instant de pleine conscience où chacun se verra tel qu'il s'est fait : égoïste ou solidaire."

"Dieu n'est pas le Tout-puissant dominateur, c'est le Tout-puissant captif, captif des libertés qu'il crée à la cime du monde pour que le monde puisse culminer dans l'amour."
(Miettes de vie / 1999)

"Il n'y a rien de plus important que l'amour, la solidarité, la générosité...."

Quelques citations de l'abbé Pierre :

"Les blasphèmes qui montent en multitude de la terre ne sont pas lancés contre Dieu vrai, contre Dieu Amour. Ils sont lancés à la face des faux dieux, façonnés par les égoïsmes, les hypocrisies, les intérêts politiques. Le seul blasphème, c'est le blasphème contre l'amour"
(Mémoires d'un croyant / 1997)

"On ne possède vraiment que ce que l'on est capable de donner. Autrement on n'est pas le possesseur, on est le possédé."
(Dieu et les Hommes / 1993)

"Il n'y a que les hommes pour tuer un million d'entre eux pour la victoire d'un chef : des hommes qui ne se connaissent pas s'entre-tuent sur l'ordre de chefs qui se connaissent et ne s'entre-tuent pas, chefs qui signeront la paix en se serrant la main, un verre de champagne dans l'autre."
(Absolu / 1994)

"J'ai arrêté d'envoyer de vieux habits à l'abbé Pierre : il ne les met jamais."
(José Artur / Les pensées)

HOMMAGE A L'ABBE PIERRE (1912-2007)

Il attendait la mort avec impatience. L'abbé Pierre est décédé. Avec émotion et espoir, la France lui rend hommage. Mais point de fleurs s'il vous plaît, il aurait préféré que l'argent soit investi pour les plus démunis.

Enigmatique, son regard, où brillait une lueur teintée de bonté, de défiance, mais aussi d'inquiétude. Un brin provocateur, l'abbé Pierre n'a jamais hésité à mettre les pieds dans le plat pour se faire entendre et défendre sa cause, celle des plus démunis. Coriace, le petit homme ne s'est jamais laissé démonter. En dépit des intérêts divergents ou de l'indifférence des pouvoirs publics, il s'est fait trublion, saisissant la moindre opportunité, multipliant les rappels à l'ordre pour mener jusqu'au bout son combat : celui de la lutte contre l'exclusion.

Nom de code : abbé Pierre

Très tôt, Henri Grouès nourrit le besoin de s'investir pour autrui. Personnalité exaltée et désintéressée, il commence par redistribuer ses biens personnels et renonce par écrit à son héritage avant d'entrer chez les capucins, ordre réputé pour sa grande pauvreté. En 1938, il est ordonné et affecté à Grenoble. Son combat commence en 1942, quand, sous l'Occupation, il entre dans la clandestinité pour venir en aide aux juifs et soutenir la Résistance. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il est surnommé abbé Pierre, un pseudonyme qui ne le quittera plus. Fait prisonnier par l'armée allemande, il s'échappe, puis devient en 1945 député de Meurthe-et-Moselle. Il profite d'ailleurs de ce statut pour déposer un projet de loi favorable au respect de l'objection de conscience, principe qu'il illustrera à de nombreuses reprises au cours de son existence. Il commence alors à organiser la construction de logements pour les sans-abri.

Emmaüs

En 1949 déjà, l'abbé Pierre donne une structure à son combat et fonde Emmaüs. L'association se donne alors pour mission d'aider au premier degré les plus nécessiteux, en les recueillant et en les aidant à se sortir de la misère. En quelques années, son rôle s'intensifie, jusqu'à la création en 1971 d'Emmaüs international, qui étend son rayon d'action au monde entier. Alphabétisation, emploi, santé, logement, accompagnement... Emmaüs intervient dans de nombreux domaines, pour un soutien quotidien nécessaire à la réinsertion. Elle se construit également une image accessible en imaginant un système d'autofinancement participatif et original : la récupération et la revente au grand public d'objets de seconde main. Sur le plan international, Emmaüs s'implique essentiellement dans le respect des droits de l'homme. Au fil des ans, le mouvement a su mobiliser l'intérêt et les initiatives, donnant naissance à des vocations parallèles comme celles d'ATD Quart-Monde, du Droit au logement ou d'Artisans du monde. Elle réunit aujourd'hui des milliers de bénévoles et de salariés au sein de 250 communautés - dont la Fondation Abbé Pierre - au nom de la lutte contre l'exclusion et du respect de la dignité.

L'insurrection de la bonté

Le 3 décembre 1954, RTL diffuse un appel qui va interpeller les consciences. "Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à trois heures." En quelques mots l'abbé Pierre, alors jeune prêtre, alerte l'opinion publique quant à l'urgence de la situation des sans-abri, et devient du même coup leur porte-parole. Les dons affluent, les manifestations de soutien aussi. Si le gouvernement prend alors des mesures d'urgence, cette date, loin d'être une victoire, marque le début d'un combat acharné pour le droit au logement. Nul ne saura déterminer si l'impact considérable de cet appel fut provoqué par la ferveur de l'abbé Pierre, la rigueur de l'hiver ou le contexte de l'époque. Toujours est-il que, comme l'a souligné à juste titre Jean-Louis Borloo, il reste l'un des seuls dont la voix a véritablement été entendue.

Et après ?

Voilà plusieurs années qu'il attendait son heure. "Le Bon Dieu se moque de moi. Y en a marre !" L'abbé Pierre a donc consciencieusement préparé sa suite. Dénué de tout bien personnel depuis l'âge de 18 ans, il a simplement confié à la Fondation Abbé Pierre le soin de redistribuer les dons adressés à son nom. Il a également pris les dispositions nécessaires pour que la pèlerine qui ne le quittait jamais, et qui lui avait été offerte par un sapeur-pompier, soit remise au musée des Pompiers. En ce qui concerne son combat, s'il va être relayé par tous ceux qui l'entouraient, l'abbé Pierre n'a pas souhaité désigner un successeur. Pourtant, certains se déclarent prêts à assurer la relève, et notamment Jean-Baptiste Legrand, président de l'association Les Enfants de Don Quichotte, qui a récemment marqué les esprits en installant le long du canal Saint-Martin près de deux cents tentes destinées à accueillir des sans-abri. "S'il meurt maintenant, ce n'est peut-être pas anodin. Demain il va faire moins 5 degrés dehors, continuons à dire notre indignation." Par ailleurs, un projet de loi en faveur du droit au logement a récemment été proposé au Conseil des ministres. Il devrait prochainement être adopté puis appliqué de manière progressive pour l'ensemble des personnes concernées de près ou de loin par le mal-logement. Le député Georges Fenech s'est d'ailleurs empressé de proposer de lui donner le nom de l'abbé Pierre.

Je voulais être missionnaire, marin ou brigand

L'abbé Pierre a largement suscité le respect et l'admiration. Très populaire, il fut élu "personnalité préférée des Français" entre 1989 et 2004, année où il demanda à être retiré du classement. "Maintenant je suis vieux et fatigué, j'arrive au bout de la route et je dis à tous ceux qui me placent là-haut : C'est à vous d'être formidables, moi j'ai fini." Ce statut privilégié dans le coeur de l'opinion publique explique notamment l'attention que lui ont accordé les responsables politiques, en dépit de son obstination frôlant souvent l'insolence. Profondément humain, l'abbé Pierre a également commis des erreurs, comme celle de soutenir en 1996 l'ouvrage négationniste de son ami Pierre Garaudy alors qu'il ne l'avait pas lu. Fin 2005, il surprend en publiant son autobiographie, 'Mon Dieu... pourquoi ?', dans laquelle il avoue avoir cédé quelquefois au désir charnel et se déclare pour l'ordination des femmes... et contre le célibat des prêtres. Prompt à bousculer son image, l'abbé Pierre restera dans les esprits comme un homme de convictions.

Entré à l'hôpital pour une "petite bronchite", l'abbé Pierre s'est finalement éteint. "L'infection pulmonaire pour laquelle il avait été hospitalisé, après une amélioration tout au long de la semaine, l'a finalement emporté", a déclaré Martin Hirsch, président d'Emmaüs France. Mobilisé jusqu'au dernier instant, celui qui a consacré sa vie à son combat pour les plus démunis, agaçant parfois par son entêtement les responsables politiques, nous quitte en pleine campagne électorale. Reste à savoir jusqu'où les candidats seront prêts à honorer sa mémoire...

Emilie Vitel pour Evene.fr - Janvier 2007

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